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Déjeuner dégustation au Château Palmer Cru Classé Margaux

Déjeuner dégustation au Château Palmer Cru Classé Margaux

Le vendredi 13 février 2015, nous sommes 12 – Primros’wine club, professionnels du vin et grands amateurs - à être conviés par Thomas DUROUX, le directeur général de château Palmer. Malgré le nombre de convives, peu encourageant pour les superstitieux, ce déjeuner restera l’un des plus grands souvenirs du Club.

L’accueil se passe dans la salle de dégustation - un lieu culturel à cloisons amovibles (musique, peinture, photographie (1)) - pour découvrir les 2012. Ils témoignent de cette prouesse des plus grands crus capables de produire d’excellents vins même s’ils ont été conçus dans la douleur d’un millésime difficile (2)

Alter Ego 2012, 51% merlot (M), 40% cabernet sauvignon (CS), 9% petit verdot (PV) (3), un autre Palmer tout en étant un peu le même, comme dans les millésimes. Car on perçoit l’image du grand vin, un peu moins dense, plus souple, plus mûre, moins tannique mais avec la même pureté, la même précision dans la construction. Le maître mot qui les relie, incarnation du cru, c’est la finesse qui, malgré l’immaturité des vins, est néanmoins palpable.

89/100 2018 - 2030

Palmer 2012 (48% M, 46 CS, 6% PV), encore très jeune, ferme - il relève de la mise en bouteille comme le précédent - ne demande qu’à s’épanouir en bouteille. Sa structure nourrie, son fruit frais intense, son acidité de bon aloi, la qualité de ses tanins, augurent du plus bel avenir.

94/100 2025 - 2040

Servi dans la salle à manger du 19ème, le déjeuner est conçu par Seiji NAGAYAMA, un jeune chef japonais à demeure au château, formé dans les plus grands restaurants étoilés.

Déjeuner dégustation au Château Palmer Cru Classé Margaux

Sur le bouillon de gambero rosso (4) et tartare au yuzu (5)

Le vin blanc de Palmer 2013 (42% muscadelle, 30% sauvignon gris, 28% loset), une production confidentielle débutée en 2007 issue d’une parcelle d’un hectare, hydromorphe (froide, avec des argiles bleues). Le loset (6) n’étant pas autorisé à Bordeaux, oblige la mention « vin de France » sur la contre étiquette. Provenant d’une petite récolte (25 hl/ha), cet assemblage original associé à l’un des plus grands terroirs de Bordeaux et à une vinification rigoureuse (7), livre un blanc sec d’une grande facture.

La pureté, la finesse de l’arôme s’associent à la force, la vigueur de la matière, comme tannique, pour donner une longueur de bouche et une persistance incroyables. Les amateurs ne se sont pas trompés puisque les rares bouteilles sur le marché se négocient autour de 150 €, à la hauteur des plus grands vins secs de France.

93/100 à déguster jusqu’en 2025 (?)

Sur le jaune d’œuf confit à l’huile d’olive et au poivre noir. Blanc au beurre noisette. Salsifis compoté à la truffe.

Une trilogie des plus grands millésimes récents d’Alter Ego, intéressante pour voir l’évolution et comparer les styles.

Déjeuner dégustation au Château Palmer Cru Classé Margaux

Alter Ego 2005 (53% M, 43% CS), proche de sa maturité,

91/100 à déguster jusqu’à 2025

Ce dernier a le profil d’Alter Ego 2009 (49 CS, 51% M)

91/100 à déguster jusqu’à 2030.

Ils offrent tous deux un agrément immédiat.

Alter Ego 2010 (51% CS, 49% M) est un peu fermé encore. Sa richesse, sa densité, sa force vont lui donner dans quelques années un glorieux épanouissement.

93/100 2018 – 2035

Venant et revenant sur chaque verre, on a pris le temps d’apprécier l’accord remarquable, d’un grand raffinement, avec le plat.

Sur le suprême de poulet de VERTESSEC doré. Chanterelles grises étuvées au jus. Purée d’oignons rouges légèrement acidulée.

Et sur la déclinaison de Comté JURAFLORE (8)

Déjeuner dégustation au Château Palmer Cru Classé Margaux

Palmer 1989 (52% M, 41% CS, 7% PV). Une certaine opulence du vin est parfaitement contenue par une architecture classique et une bonne acidité. Ses dimensions, sans se départir d’équilibres souverains, le hissent déjà vers des sommets et vont l’y maintenir longtemps.

95/100 à déguster jusqu’à 2040.

Palmer 2000 (53% CS, 47% M). Le vin réunit ce qui dans beaucoup de vin est impossible, le paradoxe d’une grande la finesse et d’une richesse, d’une puissance, sinon d’une profondeur remarquables. Potentiel énorme.

97/100 2020 – 2050

Palmer 1970 (44% M, 31% CS, 16% PV, 9% CF) appartient aux rares grands vins (9) de ce millésime pléthorique à Bordeaux. Sans aucun signe de fatigue, il exprime dans son bouquet et sa flaveur toute la magnificence du terroir de Palmer.

96/100 à déguster sans se presser.

Le poulet à la chair onctueuse et goûteuse à souhait (la cuisson !) est un éperon exceptionnel pour magnifier ces grands vins.

Sur la compote de poire au poivre vert. Mousse de fromage au combava (10)

Un superbe vin de paille issu du passerillage (séchage des grappes mûres et non atteintes de pourriture noble sur des claies en bois) du merlot blanc (11) de Palmer. Encore une innovation de Thomas DUROUX pour compléter la gamme « maison » des vins servis au Château par un vin liquoreux. Une barrique seulement produite en 2010, 2011 et 2014.

Le 2010, servi à l’aveugle impressionne l’assistance ; des AOC et des noms prestigieux sont avancés. On est allé droit dans le mur. Je vous souhaite d’avoir la chance, comme pour le blanc sec, de le découvrir.

Robe or jaune éclatante. Le parfum délivre de belles subtilités fruitées et confites associées à noble et boisé noble. Portée par une bonne acidité (on dit fraîcheur aujourd’hui !), la bouche se répand longuement. On ressent, à l’instar des grands liquoreux, une force qui contient la liqueur et donne cette sensation de richesse, d’équilibre, de grande finesse.

Bravo Thomas ! Cet exploit fait réfléchir à la pourriture noble sur pied et les risques insensés que prennent chaque année les vignerons producteurs de vins liquoreux. Car s’il pleut sur le raisin  confit, il absorbe l’eau comme une éponge… Gageons que le vieillissement de ce grand vin liquoreux, comme celui du sec, sera à la hauteur du rouge.

Pourquoi ne pas y croire, puisque dans ce domaine, c’est le Terroir qui fait tout…ou presque !

 

  1. « Langage des pierres » de Sabine DELCOUR
  2. Vendanges très tardives, réussite globale du merlot par rapport aux cabernets
  3. Le petit verdot qui s’était raréfié ou avait disparu dans les années 1980/1990 retrouve la faveur des crus qui en possèdent significativement dans le sud du Médoc. Le cabernet franc, peu adapté au terroir de graves chaudes, présent auparavant à Palmer, a disparu des assemblages.
  4. Gamberro Rosso le nom d’un gambas rouge et aussi celui d’un guides gastronomique italien  dans l’esprit du mouvement slow-food
  5. Sorte de citron asiatique
  6. Ou lauzet, laouzet, lercat blanc, originaire du Béarn, retrouvé à Gaillac et Jurançon. Ses petites grappes, sa pellicule épaisse, le protègent de la pourriture grise. Il apporte aussi une belle acidité nécessaire pour équilibrer  la muscadelle, cépage fin et peu acide.
  7. Dont un pressurage avec pressoir vertical qui ne retient que la première pressée (P1)
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À propos

Franck Dubourdieu

Œnologue-Consultant, critique indépendant, bloggeur

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Bernard-Savary Pierre 03/05/2015 16:26

ça fait vraiment rêver !...
Merci Franck.
La volaille rôtie, chez nous de Bresse est un excellent faire valoir, plus fine et pourtant en même temps envahissante qu'un canard fut-il de Chalosse., La question peut ensuite se poser volaille femelle ou mâle, .. voire poularde ou chapon. Je n'a malheureusement que peu d'expérience du Chateau Palmer dont j'ai quelques bouteille de 2009 dont je n'ai ouvert qu'une pour voir ... (no comment!). Mais je serais curieux de connaître l'avis de plus expérimenté que moi...
Pierre (en Chartreuse)