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2015 Grand Millésime de Charme

FD dans les chais

FD dans les chais

Après la dégustation des vins en Primeur, je ne changerai pas le titre de mon billet de novembre 2015, après vendanges : « Great Vintage » (« Grand Millésime »). J’ai la confirmation d’une qualité homogène dans toutes les AOC et de volumes convenables voire très satisfaisants. J’y ajoute la notion "de charme", tant les vins se montrent séduisants dans leur prime jeunesse.
Faut-il acheter les vins de 2015 en Primeur ? Oui ! (1)
Après quatre années difficiles, 2015 va être demandé dans le monde entier. Choisissez les Grands Crus Classés ou Assimilés, réputés pour élaborer des vins classiques (voir liste à la fin de la rubrique "le goût classique") qui évoluent favorablement en bouteille. Le goût mondialisé fait toujours des dégâts à Bordeaux, même si le gourou américain a disparu du paysage. Ne vous fiez pas trop aux notes des journalistes pour différentes raisons. Allez vers les grands crus dont le goût à l'habitude de vous enchanter.
Pour les crus moins connus qui vendent en Primeur et dont vous aimez les vins, l’achat en Primeur est solidaire pour soulager leur trésorerie et les aider à faire mieux encore.
2015, avec son climat sec et solaire jusqu’à la fin juillet puis océanique jusqu’à la fin des vendanges, ne s’apparente à aucun millésime récent.
Pour en savoir plus sur la climatologie de 2015 : retour sur le billet de novembre
Pour laisser un commentaire voir à la fin de l'article
La qualité de 2015
Malgré une attaque de mildiou et de black-rot très violente en avril, l’état sanitaire du vignoble est parfait. Tous les types de vins, secs, rouges et liquoreux sont réussis. La grande pureté aromatique mettant encore plus en valeur le fruit éclatant, et la richesse en bouche des vins, témoignent de l’excellent niveau de 2015.
Concernant les rouges, on ne constate pas de différences notables entre la rive gauche (Médoc et Graves) et la rive droite (Saint-Emilion et Pomerol) ; elles ont disparu depuis 2000 (2).
La première partie du cycle végétatif, sous un climat exceptionnellement chaud, sec et ensoleillé, a contribué indéniablement à toutes les vertus gustatives du millésime. Le climat moins chaud et plus humide qui a prévalu par la suite a fait grossir les baies et provoqué, çà et là, une certaine dilution de la matière générale comme de l’acidité. C’est en cela, évidemment, que le millésime n’est pas exceptionnel et que sa durée de vie sera globalement inférieure aux 2010 et, pour bon nombre de vins, aux 2009 et 2005.
Le style des vins rouges de 2015
En Primeur, les vins rouges offrent un charme inouï grâce à l’émergence d’un fruité intense et raffiné, d’une souplesse des tanins et d’une ampleur séduisante. Des attributs qu’ils garderont, à mon sens, toute leur vie. D’ailleurs le plaisir de déguster ces vins tout au long d’une semaine n’a eu d’égal que l’amabilité et la finesse des trames tanniques dont nos palais se sont régalés.
Alors qu’il faut souvent attendre entre 10 ou 20 ans pour percevoir la subtilité des grands Bordeaux, les vins de 2015 se présentent pour être dégustés quelques années après leur livraison. Ils me rappellent le style des vins de 2003 – que nous avons décriés à tort à la naissance – ou celui des 2001 après quelques années.
Avec toutes les réserves qui s’imposent, je crois sincèrement que les vins rouges de 2015 auront un charme immédiat, et néanmoins durable en fonction de leur origine.
Le style des vins blancs secs 2015
Les blancs secs à Bordeaux sont en général dominés par le cépage sauvignon accompagné d’une part plus ou moins importante de sémillon et parfois du trop rare et délicieux sauvignon-gris. L’expression du sauvignon est donc capitale dans la définition du style. En 2015, les vins diffusent un arôme riche, assez complexe, sans cette dominante végétale souvent violente à type de bourgeon de cassis ou parfois animale genre pipi de chat que l’on trouve dans certains millésimes océaniques. La bouche donne aussi des signes prédictifs de qualité avec de l’ampleur et une belle résolution. C’est un beau millésime mais qui, à mon avis, n’atteindra pas, surtout au vieillissement, le niveau des 2012 ou des 2011. Remarquons que pour les blancs secs la prédiction est encore plus difficile que pour les rouges. Elle dépend beaucoup de la technologie d’élaboration et des précautions prises pour prévenir, du raisin jusqu'à la mise en bouteille, une évolution oxydative prématurée dite « prémox ». Cependant, les rares crus qui ont la réputation de vieillir favorablement ont sûrement élaboré un millésime qui fera date.
Le style des vins blancs liquoreux
Une fois n'est pas coutume, les vendanges à Sauternes et Barsac débutent avant les rouges, le 3 septembre à château d'Yquem, le 8 à château Climens. La précocité est un gage de qualité. Ce qui se vérifie à la dégustation d’où l’on sort enthousiaste, tant les vins sont purs, avec un fruité intense, complexe et une bouche nourrie par une pourriture noble d'une grande finesse. Millésime enchanteur certes mais qui n’a pas le volume, la puissance, la profondeur des grands millésimes récents (2005, 1997, 1990, 1989). Pour les qualifier nous reprendrons aussi le titre : « Un Grand Millésime de Charme ».

(1) Livraison 2018
(2) Deux facteurs se sont conjugués pour abolir à chaque millésime quelque supériorité du cabernet-sauvignon
dominant rive gauche ou du merlot et cabernet-franc dominants rive droite : la gestion parcellaire voire intra-parcellaire de la maturité et, pour une moindre cause, le réchauffement climatique.

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À propos

Franck Dubourdieu

Œnologue-Consultant, critique indépendant, bloggeur

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