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2014 AVANTAGE CABERNETS !

2014 AVANTAGE CABERNETS !

2014 est le quatrième millésime consécutif marqué par une influence froide et humide venue de l'ouest. Propice aux maladies cryptogamiques tout au long du cycle, ce climat perturbe floraison, véraison et maturation. Le millésime est sauvé par un beau mois de septembre et une fin de mois d'octobre exceptionnelle, qui en rouge, profitent aux cabernets. Sur le plan général, les crus qui s'en donnent les moyens ont produit de bons vins rouges, supérieurs à 2013, du niveau de 2012, voire au-dessus.

CYCLE VÉGÉTATIF

La vigne débourre fin mars un peu en avance. Mi-avril, le climat se détériore et persiste jusqu'à fin mai. La floraison des merlots est contrariée ; ils couleront (1) par endroits. Les cabernets, plus tardifs, fructifient sous un beau soleil et une chaleur au-dessus de la moyenne.

En juillet, il pleut  partout, peu mais tout le temps et il ne fait pas chaud (-5°C/N). La vigne continue de pousser. On attend le stress hydrique qui n'arrive toujours pas en août : peu ensoleillé, sans chaleur et humide (+50%/N). La véraison - changement de couleur des baies - s'éternise ; les baies gonflent et s'exposent à la pourriture grise.

Début septembre, la vigne s'arrête de pousser et concentre son énergie (sucres) vers les raisins. Des conditions inespérées de chaleur (+4°C/N), d'ensoleillement et de sécheresse jusqu'au 16 septembre sauvent le millésime.

Les merlots sont ramassés à partir du 20 septembre puis on enchaîne avec les cabernets francs et à partir du 10 octobre avec les cabernet-sauvignons du Médoc.

La pluie s'arrête le 17 octobre. Un temps exceptionnel jusqu'à la fin du mois bénéficie aux deux cabernets quand on a pris les risques d’attendre. Ils se concentrent et atteignent la pleine maturité phénolique, du moins sur les plus grands terroirs.

Dans les AOC de vins liquoreux, la pluie du début octobre lance la pourriture. La dépression ne s'arrête que le 17 octobre, avec 15 mm ce jour-là ! Le beau temps de fin octobre stoppe la mauvaise pourriture, sèche les raisins, dont certains sont atteints par un joli botrytis. Le tri à la vigne s'impose pour écarter les grappes impropres.

LA DÉGUSTATION DES VINS EN PRIMEUR

Comme il en fut pour les trois millésimes précédents, il a fallu mettre en œuvre des moyens importants - opérations en vert dont effeuillage, cueillette manuelle, tri à la vigne et au cuvier, sélection drastique pour le grand vin - pour faire en 2014 du bon vin (sans défauts).

Les vins rouges

Plus nettement qu'en 2013, les vins de cabernets sont au-dessus du lot. Rive droite, on trouve de bons vins de merlot, surtout quand il est soutenu par le cabernet-franc. Dans l'ensemble, ils n'ont pas l'énergie, la longueur, la persistance des assemblages dominés par le cabernet-sauvignon.

Le niveau général de la qualité correspond à 2011 ou 2012 voire à 2008, même si certains crus prétendent avoir fait encore mieux.

2014 est un millésime océanique (2). Le style des vins, du moins pour ceux qui ne forcent pas la nature (surmaturité, surextraction, boisage excessif...) est plutôt  dans la verticalité, la fraîcheur..."la buvabilité", avec un potentiel de garde de 10 à 20 ans selon les crus. Des vins pour les vrais amateurs.

Les vins blancs secs

Je n'ai pas été séduit par les blancs secs. A l'acidité marquée est souvent associée la violence aromatique et gustative (flaveur) du sauvignon blanc. Alors qu'elle s'efface en 2011 et 2012, elle réapparaît en 2013 et surtout en 2014. Ce caractère variétal prononcé (végétal, bourgeon de cassis si ce n'est animal : fauve tirant sur le pipi de chat) ne confine pas à la finesse. D'aucuns pensent que le coup de chaud du 7 septembre (33°C) aurait favorisé cette expression. Même aux plus grands crus (3), il manque la richesse, la densité, la longueur, la persistance, qui ont tant enthousiasmé en 2011 comme en 2012 et qui continuent de le faire aujourd'hui en bouteille. Grâce à l'acidité, le potentiel de vieillissement des 2014 est assuré pour les rares crus dont les vins aspirent à une longue et heureuse destinée (3).

Les vins blancs liquoreux

Comme en 2012 et 2013, les AOC de vins liquoreux (Cadillac, Loupiac, Sainte-Croix du Mont, Barsac, Sauternes) ne sont pas gâtées par la météo. Les plus grands crus ont jeté entre 50% et 70% des raisins. C'est au prix de volumes restreints (5 à 12 hl/ha) qu'ils ont pu élaborer un bon vin liquoreux qui respire la pourriture noble et la noblesse du terroir. Sans pour cela atteindre la qualité des millésimes de chauffe ou de surchauffe, tels 2009, 2010 ou même 2011 qui a profité d'une belle fin d'été.

1. Défauts de fructification

2. Depuis 2000 : 2001, 2002, 2004, 2006, 2007, 2008, 2011, 2012, 2013, 2014 soit 10 millésimes sur 15 ; 65%.

3. Une trentaine d’étiquettes dont les 9 crus classés de Pessac-Léognan.

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À propos

Franck Dubourdieu

Œnologue-Consultant, critique indépendant, bloggeur

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