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LA DEGUSTATION DES VINS EN PRIMEUR

C’est en avril que, chaque année, tout se joue pour le haut du panier bordelais, 200 à 400 crus selon le millésime. Un rituel qui déplace les critiques et les acheteurs de la planète, surtout dans les grandes années. Et pourtant, il est communément admis dans le sérail de condamner ces dégustations pour leur précocité et les dérives qu’elles sont susceptibles d’entraîner. A cette période le vin est au début de son élevage, il lui reste encore 12 à 18 mois à séjourner en fût, au cours desquels il subira soutirages, collage, filtration… autant de manipulations censées le bonifier et le préparer à un heureux vieillissement en bouteille. Il peut arriver volontairement ou non, que le vin n'évolue pas comme prévu, que, par exemple, la prise de bois soit trop forte au point de le défigurer, parfois à jamais. Six mois après la récolte, le vin est en devenir et ne reflète pas toujours sa qualité finale. De l'aveu de certains maîtres de chai, rien n'est encore décidé, surtout rive droite : le pourcentage de chaque cépage dans l’assemblage, celui du vin de presse et celui de fûts neufs, la répartition des volumes du grand vin et du second vin… On en parle mais ce ne sont que des suppositions. D'ailleurs, on peut penser que les notes obtenues et leur influence sur le marché peuvent modifier le projet initial concernant les volumes et la constitution des cuvées finales ! La dégustation d'un vin en bouteille présente déjà en soi une part de subjectivité, alors en primeur, on se trouve dans une situation telle que la notation devient ridicule sinon fallacieuse. Et pourtant le grand vent médiatique des notes balaye Bordeaux, affirmant des jugements définitifs sur des objets souvent hypothétiques, en devenir ou tout simplement faux. La mode du vin conduit même des magazines généralistes à se lancer dans le tourbillon des notes ! La plupart des dégustateurs viennent deux ou trois jours pour noter les étiquettes qui se présentent à la loterie, à raison d’une centaine par jour ! On comprend que pour être remarqués dans ces longues séries, les vins puissent s'écarter des canons de la beauté classique et proposer des caricatures anabolisées pour impressionner les dégustateurs dont malheureusement le goût ne fait pas toujours dans la finesse. De là évidemment à truquer les échantillons, il n'y a qu'un pas… qui peut rapporter gros ! Je déguste évidemment les grands Bordeaux en primeur pour avoir un avis global sur le millésime et non sur chaque vin ; c’est trop tôt. J’attends d’ailleurs deux ans après leur mise en bouteille pour me faire une idée précise de chaque cru.

CONSEILS POUR L’ACHAT EN PRIMEUR

Acheter un vin en primeur, c’est avant tout le payer moins cher qu’il ne vaudra, deux ans plus tard, lors de la livraison.
L’intérêt de cette opération considérée comme un placement est manifeste pour les étiquettes les plus prestigieuses, particulièrement dans les grands millésimes.
Pour l’amateur qui dégustera le vin dans quelques années, c’est aussi un achat de confiance à un propriétaire, à une marque, à un terroir, à un style de vin.
L’idéal est d’associer la promesse d’une plus-value et celle d’un goût  révélateur des plus grands terroirs : finesse, fraîcheur et potentiel de garde.
Voir la liste des crus classés et assimilés en rouge dans la rubrique Goût Classique. Ils ont ma faveur depuis de longues années à la lumière de tous les millésimes que j’ai dégustés. Ils témoignent d’une constance dans la qualité et dans leur aptitude au vieillissement.
 

 

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À propos

Franck Dubourdieu

Œnologue-Consultant, critique indépendant, bloggeur