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2016 GRAND MILLESIME - INTERET D'ACHETER EN PRIMEUR - PERTINENCE DES NOTES

2016 GRAND MILLESIME - INTERET D'ACHETER EN PRIMEUR - PERTINENCE DES NOTES

2016 est un grand millésime, généreux et séduisant, dont le profil climatique singulier restera dans les mémoires : froid et humide jusqu’à fin juin puis chaud, voire saharien, et sec jusqu’à la fin des vendanges. La qualité générale des vins rouges et blancs (secs et liquoreux) est très bonne avec, pour les rouges, une grande similitude de style avec 2015.
La filiation probable avec 2009 rend l’achat des grandes marques en primeur digne d’intérêt. Quant aux notes délivrées par les journalistes sur des vins en devenir et parfois à partir d’échantillons malhonnêtes, il faut les interpréter avec prudence sinon ne pas en tenir compte.
Pour s'abonner sur tablette ou Iphone ou écrire un commentaire aller à la fin d'un billet.

CLIMATOLOGIE
2016 voit deux extrêmes climatiques se succéder. D'abord six mois de pluie, de janvier à juin qui font de 2016 un millésime tardif bénéficiant néanmoins d’une floraison généreuse et aboutie. Puis, fin juin, changement radical de décor. La vigne est soumise jusqu’à mi-septembre à un régime très sec et très chaud, voire caniculaire.
Bonne surprise, les vignes, excepté les jeunes, supportent très bien ces conditions sahariennes grâce aux nappes phréatiques superficielles largement alimentées pendant l’hiver.
Mi-septembre, des pluies heureuses accélèrent les maturations et, point capital, les vendanges se déroulent sous un beau soleil, avec des températures élevées pour la période et - grande chance - des nuits fraîches.
Après les écoulages, les professionnels dans l’euphorie, n’hésitent pas à évoquer une qualité comparable à de grands millésime récents et certains se hasardent à faire référence à des millésimes de grande sècheresse et de surchauffe que les anciens ont vécus au siècle passé…(Pour en savoir plus, lire le billet écrit en novembre 2016).

Qu’en est-il après les dégustations en primeur de début avril ?

LA QUALITE GENERALE ET LE STYLE
VINS ROUGES
2016 est assurément un grand millésime dont les deux vertus principales sont :
La générosité : dans tout le vignoble, les volumes produits atteignent souvent le maximum autorisé par l’appellation. Malgré les vendanges vertes – que ne pratiquent pas en général les vignerons Bio – le raisin a abondé. Des grappes de belle taille avec des baies assez grosses, surtout sur les Merlots, ont souvent libéré plus de jus que prévu. C’est une différence notable avec 2015. Les AOC de base (Bordeaux et Côtes) où l’on ne pratique pas la même politique de sélection du grand vin (avec un second voire un troisième vin) que dans les autres AOC, pourraient être moins qualitatives qu’en 2015.
La séduction : Si sur le plan climatique 2015 et 2016 n’ont rien à voir, ils ont beaucoup de ressemblances à la dégustation, du moins en primeur. Ce que j’ai écrit pour les 2015 reste vrai pour les 2016 : les vins rouges offrent un charme inouï grâce à l’émergence d’un fruité intense et raffiné, d’une souplesse des tanins et d’une ampleur séduisante. Des attributs qu’ils garderont, à mon sens, toute leur vie.  L’amabilité et la finesse des trames tanniques n'ont pas fatigué les palais des dégustateurs pendant la semaine de Primeurs. Un professionnel expérimenté m’a même dit qu’en 2016, les vins des communales du Médoc ressemblaient à des Pomerol !
Ces remarques sur la qualité générale et le style appellent globalement deux nuances :
En 2016, le fruit est moins exubérant qu’il ne l'a été en 2015.
En 2016, la structure tannique apparaît plus chargée, plus dense qu’en 2015, principalement en Médoc.
Nombre de dégustateurs et de vignerons, considèrent que 2009 est la probable filiation de 2016, comme ce fut évoqué aussi pour 2015. Peut-être pourront-ils se déguster plus tôt que les 2009 ? Une belle paire pour des dégustations futures… à l’aveugle.
Quant à considérer que 2016 est historique comme le fut 2010 et les rares millésimes exceptionnels du XXème siècle, il y a un trop grand pas à franchir pour deux raisons :

  • La première partie du cycle froid et humide jusqu’au mois de juin  entraîne un stress hydrique trop tardif.
  • Des rendements au-dessus de la moyenne grâce à une floraison généreuse, aboutie.

Ces deux handicaps refusent à 2016 l’accès à l’excellence généralisée comme certains exégètes tentent de le faire croire

VINS BLANCS SECS
Si Bordeaux, à partir de ses cépages historiques, a fait le choix pertinent de développer au milieu du siècle passé la culture de cépages rouges fins : Merlot et Cabernets, il n’en est pas de même pour les cépages blancs à cause de la domination du Sauvignon
(1). Pour de nombreuses raisons, pédoclimatiques et de matériel végétal (clones) à l’origine, l’arôme et le goût du Sauvignon (2) blanc bordelais, sont trop souvent marqués par des caractères variétaux exacerbés (végétal, bourgeon de cassis, buis…animal à type de pipi de chat…). La réussite du Sauvignon à Bordeaux, l’expression d’une certaine finesse, ne reviennent qu’aux rares grands terroirs à vin blanc (argilo-calcaires et frais), quand ce cépage est cultivé de façon élitiste et assemblé au Sémillon pour tempérer son ardeur aromatique. Et ceci, le plus souvent dans des millésimes frais, dits océaniques comme il en fût en 2011.
Les blancs secs de 2016, provenant pourtant d’un millésime chaud sur la fin, semblent être du même acabit que ceux de 2011. L’expression aromatique retenue du Sauvignon prédispose à une évolution vers une belle finesse. La bouche donne aussi des signes prédictifs de qualité avec de l’ampleur en attaque puis une matière dense qui se fond en finale et dure comme s’il s’agissait de tannins.
2016 sera très certainement un grand millésime de blanc sec.

VINS BLANCS LIQUOREUX
2016 est un très beau millésime en liquoreux. Comme en rouge, les vins ont une grande similitude avec les 2015 : un profil tout en équilibre et pureté, nourri par un fruité intense et raffiné. Ils sont issus d’une palette de raisins mûrs, séchés (passerillés), ou « pourris plein » plutôt que de la grande pourriture noble qui fait les millésimes exceptionnels comme 2005, 2010, 2009 ou 2007.

QUELQUES VERITES SUR LES ACHATS EN PRIMEUR
INTERET DE L’ACHAT
Acheter un vin en primeur, c’est avant tout le payer moins cher qu’il ne vaudra, deux ans plus tard, lors de la livraison.
L’intérêt de cette opération considérée comme un placement, est manifeste pour les étiquettes les plus prestigieuses, particulièrement dans les grands millésimes comme 2016.
Pour l’amateur qui dégustera le vin dans quelques années, c’est un achat de confiance à un propriétaire, à une marque, à un terroir, à un style de vin.
L’idéal est d’associer la promesse de faire une bonne affaire et celle d’avoir dans sa cave des crus dont le vin exprimera la plus grande finesse au terme d’un patient vieillissement (entre 10 et 20 ans selon les crus et les millésimes).
Voir à la fin de l'article la liste des crus classés et assimilés pour les vins rouges qui ont ma faveur depuis de longues années  à la lumière de tous les millésimes que j’ai dégustés. Ils témoignent d’une belle aptitude au vieillissement et d’une constance dans l’expression la plus aboutie de leur terroir.

LES NOTES DES CRITIQUES ONT-ELLES UNE VALEUR ?
C’est en avril que, chaque année, tout se joue pour le haut du panier bordelais, 200 à 400 crus selon le millésime. Un rituel qui déplace les critiques et les acheteurs de la planète, surtout dans les grandes années. Et pourtant, il est communément admis dans le sérail de condamner ces dégustations pour leur précocité et les dérives qu’elles sont susceptibles d’entraîner.
De l'aveu de certains maîtres de chai, rien n'est encore décidé, surtout rive droite : le pourcentage de chaque cépage dans l’assemblage, celui du vin de presse et celui de fûts neufs, la répartition des volumes du grand vin et du second vin… On en parle mais ce ne sont que des suppositions.

Et même lorsque l'assemblage final est réalisé et correspond à l'échantillon présenté, le vin est au début de son élevage, il lui reste encore 12 à 18 mois à séjourner en fût, au cours desquels il subira soutirages, collage, filtration… autant de manipulations censées le bonifier et le préparer à un heureux vieillissement en bouteille. Il peut arriver que le vin n'évolue pas comme prévu, que, par exemple, la prise de bois soit trop forte au point de le défigurer, parfois à jamais. Six mois après la récolte, le vin est en devenir et ne reflète pas toujours sa qualité finale.
La dégustation d'un vin en bouteille présente déjà une part de subjectivité, alors en primeur, on se trouve dans une situation telle que la notation devient ridicule sinon fallacieuse. Et pourtant le grand vent médiatique des notes balaye Bordeaux au mois d'avril, affirmant des jugements définitifs - au ½ point près / 100 ! - sur des objets souvent hypothétiques, en devenir ou tout simplement faux.
La plupart des dégustateurs viennent deux ou trois jours pour noter les étiquettes qui se présentent à la loterie, à raison d’une centaine par jour ! On comprend que pour être remarqués dans ces longues séries, les vins puissent s'écarter des canons de la beauté classique et proposer des caricatures anabolisées pour impressionner les dégustateurs dont malheureusement le goût ne fait pas toujours dans la finesse. De là, évidemment à truquer les échantillons, il n'y a qu'un pas… qui peut rapporter gros !

Je déguste évidemment les grands Bordeaux en primeur pour avoir un avis global sur le millésime et non sur chaque vin ; c’est trop tôt.
J’attends d’ailleurs deux ans après leur mise en bouteille pour me faire une idée précise de chaque cru.

  1. Quand on déguste les rares crus produisant du Sauvignon gris à Bordeaux, on se demande comment ce cépage très fin n’est pas plus répandu ? Même constat pour l’élégante Muscadelle, portion congrue aussi de l’encépagement. Ceux qui ont eu la chance de déguster le blanc de Château Palmer, un assemblage de Muscadelle et de Lauzet (cépage des AOC Gaillac et Jurançon), s’en souviendront longtemps.
  2. Le Sauvignon blanc est le 3ème cépage blanc le plus planté au monde (110 000 ha dont 15 000 ha en France), après l'Airen blanc espagnol (250 000 ha) et le chardonnay (200 000 ha). Il n'est pas une variété aussi ubiquiste que le Chenin ou le Chardonnay qui révèlent avec plus de régularité leurs qualités gustatives dans des biotopes très différents.

CRUS CLASSES ET ASSIMILES ROUGES

GOÛT CLASSIQUE

SAINT-EMILION
Ausone
Cheval Blanc
Canon
Clos Fourtet
Figeac
Beau-Séjour-Bécot
Bel-Air Monange
La Gaffelière
Trottevieille

Balestard la Tonnelle
Cadet-Bon
Cap de Mourlin
Chauvin
Clos des Jacobins
Clos Saint Martin
Corbin
Corbin-Michotte
Couvent des Jacobins
Côte de Baleau
Croque-Michotte (Bio)
Dassault
De Ferrand
De Pressac
Faurie de Souchard
Fonroque (Biodynamie*)
Grand Corbin-Despagne (Bio)
Grand-Mayne
Grand-Pontet
Guadet (Biodynamie)
Haut-Sarpe
La Clotte
La Marzelle
La Serre
La Tour du Pin Figeac (Giraud-Belivier)
Laniote
Laroque
Laroze
Le Prieuré
Les Grandes Murailles
Moulin du Cadet
Petit Faurie de Soutard
Ripeau
Saint-Georges-Côte-Pavie
Villemaurine
Yon-Figeac
La Grave-Figeac (Bio)
Maison-Blanche AOC Montagne Saint Emilion (Biodynamie)
*pour être certifié en Biodynamie il faut l'être déjà en Bio

Seconds vins
Croix Canon
La Chapelle d'Ausone
Petit Cheval
Petit-Figeac

POMEROL
Bellegrave (Bio)
Bourgneuf
Certan de May
Clos du Clocher
Clos René
Feytit-Clinet
Gazin
Gombaude Guillot (Biodynamie)
Guillot-Clauzel
Hosanna
L’Ecuyer
L’Evangile
La Cabanne
La Croix
La Croix Saint Georges
La Conseillante
La Grave
La Pointe
La Rose Figeac (Biodynamie)
Lafleur
La Fleur-Pétrus
Latour à Pomerol
Le Bon Pasteur
Le Chemin (Bio)
Nénin
Petit Village
Pétrus
Providence
Taillefer
Trotanoy
Vieux-Château Certan

Seconds vins
Blason de l’Evangile
La  Fugue de Nénin
La Gravette de Certan
Les Pensées de Lafleur

PESSAC LEOGNAN
Haut-Brion
La Mission Haut-Brion
Haut-Bailly
Domaine de Chevalier
Bouscaut
Carbonnieux
De Fieuzal
La Tour-Martillac
Olivier
La Louvière
Larrivet Haut-Brion

Seconds vins
La Chapelle de Haut-Brion
Le Clarence de Haut-Brion

SAINT ESTEPHE
Cos d'Estournel
Montrose
Calon-Ségur
Lafon-Rochet
Cos-Labory
Capbern-Gasqueton
Le Crocq
Ségur de Cabanac

Seconds vins
La Dame de Montrose
Les Pagodes de Cos
Marquis de Calon

PAUILLAC
Lafite-Rothschild
Mouton-Rothschild
Pichon-Longueville-Baron
Pichon Longueville Comtesse de Lalande
Duhart-Milon
Grand-Puy-Lacoste
Lynch-Bages
Pontet-Canet (Biodynamie)
Batailley
Clerc Milon
D'Armailhac
Grand-Puy Ducasse
Haut-Bages Libéral
Haut-Batailley
Lynch-Moussas
Fonbadet

Seconds vins
Le Petit Mouton de Mouton Rothschild
Les Carruades de Lafite
Les Hauts de Pontet Canet
Les Tourelles de Longueville
Réserve de la Comtesse

SAINT JULIEN
Ducru-Beaucaillou
Léoville Las Cases
Gruaud Larose
Léoville Barton
Léoville Poyferré
Saint-Pierre
Lagrange
Beychevelle
Clos du Marquis
Croix de Beaucaillou
Gloria
Moulin de la Rose

Seconds vins
La Réserve de Léoville Barton
Le Petit Lion
Lalande Borie

Margaux
Margaux
Palmer (Biodynamie)
Brane-Cantenac
Lascombes
Rauzan-Ségla
Rauzan-Gassies
Cantenac Brown
D'Issan
Desmirail
Durfort-Vivens (Bio)
Ferrière (Bio)
Giscours
Kirwan
Marquis d'Alesme Becker
Prieuré-Lichine
Les Graviers (Biodynamie)

Seconds vins
Alter-Ego (Biodynamie)
Pavillon Rouge du Château Margaux
Ségla
Baron de Brane

HAUT MEDOC
Belgrave
Cantemerle
De Camensac
La Lagune

MOULIS
Chasse Spleen
Poujeaux

LISTRAC
Clarke

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À propos

Franck Dubourdieu

Œnologue-Consultant, critique indépendant, bloggeur

Commenter cet article

hubeau gregoire 21/05/2017 11:58

Rien à ajouter à votre article...
la messe est dite !!!

J’ai toujours été à demi surpris de re-gouter en bouteille certains vins,
qui sont très loin des notes primeurs de certains “grands ou petits dégustateurs” !!!

Je peut comprendre que l’on puisse avoir “un gout de préférence”
mais quand je vois certaines notes, j’ai beaucoup de mal !!!

Je suis très heureux de votre “sermon”... même si trop de fidèles font la sourde oreille ...

Bonne journée,
Amitiés,
Grégoire.

Bénédicte et Grégoire HUBAU
Château Moulin Pey-Labrie (Bio)
Canon-Fronsac

Javier CARMONA, AIWS 15/05/2017 09:25

Cher monsieur Dubourdieu,

Vous lire est toujour un plaisir, mais cet fois, je dois laisser une petit remarque, C'est la "AIREN" avec au mois 210.000 ha (cens MAGRAMA-OIV) le cépage blanc le plus planté au monde. Merci.

Franck Dubourdieu 15/05/2017 11:11

Merci Javier, je corrige aussitôt cette erreur. Merci et Bien à vous

CROP Laurent 15/05/2017 08:48

Bonjour,
Je trouve vos articles pertinents et surtout pédagogues pour les "initiés" ou non. Une critique souvent riche d'enseignements et de tempérance. Bravo !